1930: Verdier to Vatican: Interdiocesan framework needed for Catholic Action

Archevêché de Paris

Paris, le

L’ACTION CATHOLIQUE DE FRANCE

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Des groupements catholiques très nombreux se sont constitués en France pendant ces dernières années. Ils ont pour but soit la formation personnelle, religieuse et morale, soit les Oeuvres d’Enseignement ou d’Assistance, soit même la vie sociale ou politique.

Beaucoup parmi ces groupements comprennent déjà des milliers et des milliers d’adhérents. Je citerai comme exemples: La Fédération Nationale Catholique du Général de Castelnau, l’Association Catholique de la Jeunesse Française, la J.O.C., la Fédération Nationale des Patronages, la Ligue Patriotique des Françaises, etc. etc.

Ces oeuvres précisémént à cause de leur étendue, à cause de leur caractère national ou interdiocésain échappent en fait à la direction de la Hiérarchie.

Beaucoup ont leur siège central à Paris. L’Archevêque, pour la part strictement diocésaine de l’oeuvre peut donner la direction. Mais en fait, comme il est impossible de séparer le côté diocésain et le côté interdiocésain, la direction archiepiscopale est inopérante. Elle risque de se heurter et plusieurs fois en fait elle s’est heurtée à des fins de non recevoir, qui s’exprimaient en ces termes : Les Evêques de la Province ont des volontés différentes Cela est si vrai que très habituellement ces oeuvres, portées sans doute par cette situation interdiocésaine ne songent même pas à soumettre à l’Archevêque leurs projets, leurs démarches leurs manifestations En un mot leur vie, quelles que soient leurs bonnes intentions, se passe sans le contrôle et sans la direction de l’Episcopat.

2/ Or en se multipliant et en se développant ces oeuvres, par leur juxtaposition même, se gènent, suscitent des conflits. Comme parfois, elles s’adressent à la même catégorie de français, il est aisé de voir que la dernière venue risque de troubler la vie de la plus ancienne, en attirant à elle les adhérentes de celle-ci.

C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple que la J.O.C.; la jeunesse ouvrière chrétienne n’a pu naître et grandir qu’avec les enfants de nos patronages, d’où un premier conflit. De plus, une fois adulte, la J.O.C. s’est vue en face de ce dilemme : ou s’absorber dans la grande Association Catholique de la Jeunesse Française ou s’établir à côté d’elle indépendante et donc forcément génante, d’où un deuxième conflit.

Et aucun membre de la hierarchie, parce que ces trois oeuvres sont interdiocésaines, ne pouvait imposer ses voIontés, ni même son arbitrage.

Je ne cite que cet exemple. Mais on peut dire que ces mêmes conflits sont latents un peu partout, qu’ils surgissent à chaque instant pour un fait particulier.

Et je puis ajouter que l’absence de cette autorité centrale donne à toutes nos oeuvres un étât de demi-malaise.

3/ Ce qui est plus grave, c’est que par suite de cette carence d’une autorité qui gouverne et qui surveille! ces groupements sont en fait uniquement dirigés par des laïques, les prêtres n’y étant souvent que des Aumôniers. De là des courants de pensée, des attitudes morales s’établissent, qui ne sont pas en parfaite conformité avec la pensée de l’Eglise Et quand ces fausses directions ont pris corps dans la mentalité et dans les habitudes des adhérents, on sait à quelles tristes conséquences on en vient. Le Sillon et plus tard l’Action Française auraient-ils dévié si une autorité compétente et reconnue avait pu les contrôler ?

4/ Ensemble nos groupements constitueraient une force considérable avec laquelle nos pouvoirs publics compteraient, et qui à certaines heures pourrait même s’imposer Mais il faudrait pour que cette influence pratique pût s’exercer, que ces groupements, au lieu d’être dispersés, soient unis en faisceau, coordonnés.

Mais pour obtenir ce résultat si désiré, il faut encore une fois une autorité compétente et reconnue, de laquelle relèveront tous les groupements catholiques à caractère interdiocé- sain

Les élections de 1932 auront en France une importance particulière. Elles peuvent marquer la fin du Cartel Anticlérical. Pour cela il importe souverainement que les divers groupements catholiques obéissent au même mot d’ordre.

Nous avons vu dernièrement les inconvénients graves de la multiplicité de directions Nos députés catholiques, quand il s’est agi du vote sur l’Ecole Unique, ont reçu de diverses Fédérations des injonctions et même des menaces. Ils se sont divisés, ils ont émis des votes très divers. Conséquence : leur division a failli amener la chute du Cabinet Tardieu, et M. Herriot lui-même l’a avoué, le projet de l’Ecole Unique n’a triomphé que grâce à la divergence des votes catholiques.

Si une autorité compétente et reconnue pouvait donner le mot d’ordre au nom des forces catholiques françaises, nous n’aurions pas ces injonctions multiples qui divisent, et constituant un seal front, nous pourrions plus aisément ou triompher ou du moins imposer nos conditions.

Au point de vue politico-religieux, cette carence de l’Autorité Catholique est si manifeste que plusieurs fois M. Tardieu lui-même s’est écrié : avec nos catholiques de France, nous ne savons ni ce qu’ils pensent, ni ce qu’ils veulent.

L’heure est venue, me semble-t-il de grouper, de coordonner nos forces, et, sans porter atteinte à l’autonomie des diocèses, et à l’indépendance relative de chaque oeuvre, de placer nos oeuvres et nos groupements interdiocésains sous l’impulsion et le contrôle d’une direction unique.

2ème PARTIE

Cette direction unique en France ne peut être qu’à Paris La centralisation excessive de notre vie nationale a fait que nos oeuvres catholiques toutes ou à peu près, ont dü établir leur siège central à: Paris C’est un fait avec lequel il faut compter.

C’est de Paris que partent toutes les impulsions données à notre organisme national, dans l’ordre civil et politique.

Nos voies ferrées elles-mêmes convergent presque toutes vers notre capitale désignant ainsi le rôle prépondérant excessif même, que joue Paris dans la vie et dans l’activité de la France.

Notre situation en France est bien celle qui est décrite au n° 32 de l’excellent opuscule dû à la plume de Mgr. Fontenelle et préfacé par S.E. Mgr. Pizzardo :

Certes, là où déjà l’Action Catholique trouve des oeuvres multiples et fécondes, une matière considérable, à quoi il ne manque qu’une forme supérieure, il n’est évidemment pas question d’imposer aux oeuvres existantes des conditions contraires à leurs statuts Il s’agira seulement de les rendre “Action Catholique” en réunissant les représentants des ces diverses activités dans un Conseil Supérieur où, étant officiellement promus à la dignité de membres de l’Action Catholique, ils s’embrayeront sur l’axe hiérarchique dont ils reçoivent une impulsion harmonieuse, efficace, en même temps que les consignes précises, qui sont authentiquement celles de l’Eglise”.

Aussi j’ose dire que l’organisation de l’Action Catholique chez nous devrait, pour être efficace prendre la forme telle qu’elle est exposée dans le dit opuscule n° 33, 34, et 35: “Le Conseil supérieur d’Action Catholique comprenant le laïcat choisi et dirigeant, greffé lui-même sur la hiérarchie, est divisé en autant de sections qu’il y a de formes principales d’apostolat: par exemple, une section religieuse, une section civique et une section sociale. D’autres Comités, comme des Comités de presse, de cinéma, etc.., pourraient y être adjoint où prendraient place des personnalités catholiques compétentes ” En certains pays: comme aux Etats-Unis, une sorte de Congrès épiscopal permanent; le National Catholic Welfare Council en d’autres, comme eb Belgique, certaines assemblées de tous les Evêques, ou, comme en France, des seuls Cardinaux et Archevêques, se trouvent naturellement en situation de conférer à l’organisation unitaire de l’Action Catholique le mandat nécessaire et les consignes autorisées. Par ce moyen, l’épiscopat délégué un de ses membres les plus qualifiés, auquel est adjoint un aumônier général qui, d’accord avec la hiérarchie, imprime à l’Action Catholique les directions convenues, dont l’heureux effet est de composer les divergences, de déterminer l’action connue de l’Eglise, d’établir avec le Saint Siège un programme authentique de pensée et d’action, assez large et assez précis à la fois pour commander l’unanimité, et hors duquel aucun catholique, comme tel, n’a qualité, au Parlement, dans la presse ou dans les oeuvres pour représenter et engager la hiérarchie”.

“Il est, certes, à souhaiter que l’organisation centrale se répète,  ́en réduction, dans chaque circonscription écclesiastique, avec la division tripartite (autour de l’évêque et de son aumônier diocésain des activités religieuses, civiques et sociales étant bien entendu pourtant que chaque diocèse, aux termes mêmes de la législation canonique, jouit d’une véritable autonomie, en ce qui concerne son organisation religieuse intérieure et particulière, qui ne contredit en rien les conventions d’ordre général par lesquelles l’Eglise se prononce comme telle, et adopte une attitude uniforme qui l’assure infailliblement du succès.

Ainsi donc, si les considérations précédentes sont agrées par le Souverain Pontife il résulterait que l’Archevêque de Paris, serait délégué par l’Episcopat français pour le représenter auprès de l’Aumônier général (ou Assistant général) de l’Action Catholique. En fait c’est cet aumônier ou assistant général qui, surveillé par l’Archevêque de Paris, et d’accord avec la hiérarchie imprimerait à l’Action Catholique les directions convenues.

Cet accord avec la hiérarchie se ferait d’abord par l’Archevêque de Paris mandaté à cet effet par l’Episcopat lui-même, en suite par la Commission permanente des Archevêques avec laquelle, une ou plusieurs fois par an, l’Assistant Général prendrait contact, enfin par l’Assemblée des Archevêques de France à laquelle l’Assistant Général exposerant l’oeuvre accomplie, et demanderait les directions.

Cet assistant général aurait le secours de Comités dont la Constitution est à étudier. Ces comités auraient pour objet l’action religieuse, l’action civique, l’action sociale, et les questions annexes si multiples, mais toutes se ramenant à ce triple chef.

Il pourrait aussi, plusieurs fois par an, réunir à Paris les représentants régionaux des diverses oeuvres de Province. Il connaitrait par eux les courants et les besoins qui s’accusent dans nos divers diocèses. Par là son action resterait en contact avec la réalité si complexe dans notre pays.

Nos Seigneurs les Archevêques et Evêques de la région universitaire de Paris ont paru sympathiques à cette organisation nouvelle.

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

France 728 PO 281

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Fontenelle