1930: Situation de l’adolescence salariée en France

LA JEUNESSE OUVRIÈRE CHRÉTIENNE

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL

7, RUE SAINT VINCENT

PARIS XVIII

TÉLÉPH.: NORD 03-41

PARIS, LE 193

SITUATION DE L’ADOLESCENCE SALARIEE EN FRANCE

Il y a en France environ deux millions d’adolescents salariés (garçons et filles).

L’immense majoritéhe connaft plus l’Eglise.

La religion n’a plus de sens pour eux, Même le petit nombre de ceux qui pratiquent encore ne réalisent pas l’unité de leur vie dans la religion.

En un mot, la vie ouvrière n’est plus chrétienne, elle est matérialisée.

Elle est matérialisée dans la conception même du travail, qui n’est plus considéré comme une collaboration avec Dieu; de même le travailleur n’est plus regardé comme l’associé de Dieu, qui agrandit sa charité en travaillant pour ses frères.

La mentalité du travailleur est, elle aussi, matérialisée.

Le jeune travailleur qui entre dans cette société prend très vite cette mentalité.

Cette société ouvrière en effet a ses préjugés, ses moeurs, ses coutumes propres qui forment une atmosphère étroite dans laquelle le jeune travailleur est pris tout entierret pour toute savie…. restant, en face de cette masse,isolé, faible, influençable. Aussi ses rudiments de religion ne tiennent pas longtemps… bien vite il cède, il devient comme les autres.

CE QUE VEUT ETRE LA J.O.C.

Elle voudrait être l’organisation d’Action catholique des jeunes travailleurs (et des jeunes travailleuses). Elle voudrait, sous la direction dela Hiérarchie, être au milieu de cette jeunesse ouvrière l’Organe, le représentant, le missionnaire de l’Eglise, c’est-à-dire :

une société où, en pleine vie ouvrière, l’on vit la Charité du Christ, où l’on obéit à son commandement de s’aimer les uns les autres comme il nous a aimés; où l’on vit ensemble l’enseignement du Christ….. donnant à tous ceux qui la voient le spectacle de la vérité vécue dans une société ouvrière.

Elle agit donc à la manière du levain en pleine pâte, car cette masse d’adolescents salariés qui n’irait pas d’elle-même dans les églises entendre la parole de Dieu, ne peut pas ne pas voir cette société qui vit devant elle, qui témoigne du Christ, qui est le Royaume de Dieu commencé dans la classe ouvrière.

Quand ces jeunes militants de la J.O.C. cherchent comment aider les débutants dans le choix d’un métier, quand ils tâchent de les protéger contre l’immoralité, contreles doctrines mauvaises aussi bien que contre les accidents du travail; quand ils veulent les aider à préparer un beau foyer où les lois de Dieu seront respectées … c’est pour ces jeunes comme si Notre-Seigneur lui-même leur rendait ces services.

Une telle société, c’est, dans la classe ouvrière, le grain de sénévé qui tend à devenir un grand arbre capable d’abriter, de faire vivre, de sauver la masse des jeunes travailleurs; ce serait enfin le germe d’organisations ouvrièr res puissantes édifiant, pour leur part, le corps total du Christ et réalisant le voeu d’un seul troupeau sous un seul pasteur.

Les résultats en France

Fédérations affiliées (groupes de sections d’une même région.

ou d’un même diocèse) 54

Sections (groupes de jocistes d’une même paroisse 400

ou d’une même usine)

Adhérents (jocistes) 16.000

Fédérations en formation 15

Sections en formation 100

Sympathisants 20.000

Presse :

Le Bulletin des dirigeants  6.000

“La Jeunesse Ouvrière” (grand format) 80.000

“Mon Avenir” (Bulletin de préparation au travail des jeunes écoliers) 25.000

SERVICES (professionnels, éducatifs, religieux)

Retraites spirituelles et récollections;

Les fédérations diocésaines organisent pour les

grandes fêtes des retraites de deux et trois jours et tous les trimestres un dimanche de récollection : 1/4 des militants

y participent chaque fois.

Vocations (dans les séminaires et noviciats): 200

Caisse d’épargne: 70.000 frs environ sont versés chaque mois par les jocistes.

Prévention des accidents de travail:

L’éducation de la sécurité est poursuivie non seulement dans le journal mais encore par des affiches, des tracts et des expositions qui attirent l’attention des patrons et des ouvriers.

Préparation au travail des jeunes – Placement:

La plupart des fédérations diocésaines ont établi un service de placement en liaison avec les organisations syndicales.

Quelques dirigeants ont passé avec succès les épreuves de “conseiller d’orientation” breveté du gouvernement. Ecole de chefs :

Tout cet ensemble de services et d’organismes aboutit en outre à former un grand nombre de dirigeants qui seront capables un jour d’animer tout le mouvement ouvrier chrétien. Car ils sont déjà dans leur sphère d’action: (nationale régionale ou locale) des éducateurs, des chefs de service, des représentants de la jeunesse ouvrière.

Les aumôniers nécessaires :

La J.O.C. a confiance dans l’Eglise, dans ses prêtres. Aussi elle ne cesse de demander aux évêques de bien vouloir lui donner des prêtres “choisis parmi les meilleurs” selon l’expression de Mgr l’Archevêque de Reims. De leur côté, N.S. les évêques s’ingénient à lui en fournir.

Ainsi tout récemment, SE, le cardinal Liénart a bien voulu détacher, sur sa demande, pour s’occuper uniquement de la J.o.C. Féminine de son diocèse, Mr le Chanoine Liagre, ancien professeur de théologie au Gd Séminaire de Lille et qui était depuis quelques années supérieur du Collège de Tourcoing.

Cette décision a produit une grande impression dans le monde ouvrier, comme dans le clergé et l’Episcopat.

LA J.O.C. FEMININE

Adhérentes (jocistes) 6.000

Sympathisantes 10.000

Fédérations régionales dans 45 diocèses

Sections 200

Formation des militantes :

Cette année (1931) trois semaines d’études régionales se sont tenues successivement à Lyon, Angers et Reims. A Pâques dernières, une semaine intensive de 8 jours a été organisée pour les principales dirigeantes fédérales. 

Retraites et récollections:

ont groupé cette année 1/4 de l’effectif par trimestre.

Services:

Préparation au travail (tutelle des débutantes), placement, bibliothèques, caisses d’épargne, cours : puériculture, hygiène, coupe, couture et raccommodage….

Presse :

Bulletin mensuel des militantes 3.000

“La Jeunesse Ouvrière Féminine” 55.000

Bulletin de préparation au travail des écolières 6.000

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

France 715 PO 263

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Liagre

1930 JOC France to Pius XI

JEUNESSE OUVRIERE CHRÉTIENNE

SECRETARIAT GÉNÉRAL

7. RUE SAINT-VINCENT

PARIS XVIII

TÉLÉPH.: NORD 03-41

Très Saint Père.

Admis à l’immense honneur de voir et d’entendre le Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Chef aimé de toute la Chrétienté, nous voudrions, jeunes ouvriers de France, vous exprimer en termes nobles et éloquents notre joie filiale et notre religieuse fierté.

Mais nous sommes moins habiles à tourner de balles phrases qu’à manier nos outils ou à rendre service à nos camarades.

Cependant est-il besoin de mots savants pour traduire les sentiments qui remplissent nos coeurs à cette heure unique de notre existence? Nous ne le pensons pas. C’est si simple de vous dire, Très Saint Père, que les jocistes de France vous aiment ardemment comme des fils et, soumis et dévoués, vous suivent jour où nous avons quitté l’école pour connaître les dures réalités de la vie de travail, nous aurions voulu vous crier par-dessus les frontières notre reconnaissance et notre admiration pour avoir pour avoir si souvent pris la défense de nos âmes d’adolescents et exalté si magnifiquement notre condition d’ouvrier!

Aujourd’hui que nous avons la faveur inouïe de vous voir, nous vous disons, Très Saint Père, au nom des 15,000 jocistes de France et même au nom de tous les jeunes travailleure de notre pays: “Merci de toute notre âme au Pape de l’Action Catholique, merci au Pape des jeunes travailleurs”.

Vous avez si bien compris, Très Saint Pere, nos besoins, nos misères, nos espérances.

Le laïcisme mortel, que vous dénoncies dans votre première Encyclique, a chassé Dieu de l’usine; il a soustrait le monde du travail, en particulier, à l’influence du Christ et de son Eglise. Nous voulons, nous les jeunes fidèles à vos enseignements, l’y faire rentrer en Souverain Seigneur et en Sauveur, afin que dans la classe ouvrière aussi se réalise votre devise in Paix du Christ dans le Règne du Christ”.

Pour cela nous nous sommes groupés, à l’exemple de nos frères les vaillants jocistes de Belgique, afin de constituer en plein milieu de travail, au coeur de chaque usine, le germe d’une société chrétienne qui, par son action fraternelle y ferait pénétrer la doctrine et la vie même de l’Eglise.

Nous ne sommes encore qu’un embryon d’armée, un germe, mais nous sommes décidés à grandir et à tout envahir.

Aussi nous vous promettons, Très Saint Père, de ne pas prendre de repos, de ne pas nous arrêter avant. d’avoir rendu au Christ Notre-Seigneur toute la Jeunesse ouvrière de France.

Votre Bénédiction si précieuse, Très Saint Pere, nous en obtiendra la force et nous emporterons vos conseils paternels comme une consigne sacrée et comme le gage de la Victoire.

Vive Pie XI – Vive l’Action Catholique

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

France 715 PO 263

1929 09: JOC France to ¨Pius XI

Relazione sull’attività e l’organizazione della J.O.C (Jeunesse Catholique ouvrière) de Francia

2413/29

Très Saint Père

Humblement prosternés aux pieds de votre Sainteté, je viens Lui présenter l’hommage et l’affection des Jocistes de France Je viens également Lui dire ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait

et quelles sont leurs aspirations.

Comme ils le chantent joyeusement :

“Nous referons chrétiens nos frères, Par Jésus Christ nous le pourrons,”

ils veulent ramener à Jésus-Ouvrier, leurs camarades de travail que l’organisation économique moderne a déchristianisés, et que le socialisme et le communisme ont égarés et déçus.

Comme l’écrit M. l’abbé Cardijn, que nous reconnaissons comme l’âme et le père du mouvement jociste,” les ouvriers ne voient plus dans l’Eglise le guide sûr et vigilant pour la conquête de leurs légitimes aspirations.”

Les Jocistes veulent par leur organisation, promouvoir un mouvement ouvrier chrétien qui aille “chercher dans la doctrine catholique son inspiration et son esprit”. La J. O. C. est une école de jeunes chefs ouvriers chrétiens dont la noble ambition est d’encadrer tous leurs camarades d’usine et d’atelier pour faire rayonner dans la classe ouvrière, la vérité de l’Evangile et l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Cette tâche est évidemment très difficile Mais voici les résultats consolants et presque inespèrés que les Jocistes de France ont déjà obtenus en moins de deux ans.

En septembre 1927, les cotisants étaient au nombre de 350, groupés en 25 sections et formant 3 fédérations.

L’année suivante, en septembre 1928, ils étaient 5.500, groupés en 190 sections et 25 fédérations.

Actuellement, septembre 1929, ils sont 8.500 dans 327 sections, 34 fédérations et 14 sous fédérations. Dans ces nombres ne sont pas compris les nombreux sympathisants qui assistent aux réunions, bénéficient des services jocistes mais ne sont pas encore autori- sés à porter l’insignë. Vingt trois fédérations nouvelles sont en voie de formation.

Au cours de l’année 1928 – 1929, les fédérations ont tenu 149 congrès régionaux et plus de 200 réunions de propagande qui, à elles seules, ont réuni 30.000 personnes, spécialement à Paris,

Lyon, Lille, Roubaix, Tourcoing et Marseille.

La Jeunesse Ouvrière Féminine, quoique de fondation plus récente n’en a pas moins enregistré des résultats consolants En mare 1928, elle ne groupait que 70 cotisantes. Actuellement, elle en groupe 1.700 réunies en 60 sections et 14 fédérations Elle a tenu 30 congrès féminins régionaux, réunissant environ 6.000 personnes et 160 réunions de propagande, groupant 15.000 personnes environ.

Les récentes semaines d’études ont groupé venues de toutes les régions de la France, 800 dirigeants ouvriers à Issy les Moulineaux, et 200 dirigeantes ouvrières A Vanves-Malakoff près de Paris. Ainsi la J.O.C. et la J.O.C.F. étendent leur action à près de 45 diocèses.

L’action sur la masse ouvrière, soit à l’usine, soit à l’atelier, est assurée par le journal “La Jeunesse ouvrière” dont le tirage était de 3.000 en juillet 1927, 39.000 en juillet 1929 et est actuellement de 60.000. Cependant de mensuel, à l’origine, on a été rapidement amené à le rendre bi-mensuel. Si la progression se continue à être ce qu’elle est aujourd’hui, le tirage sera de 100.000 à la fin de l’année. A ce moment, on le rendra hebdomadaire. Le journal “La Jeunesse ouvrière féminine ” tire à 20.000.

Ces journaux sont vendus par les jeunes gens et les jeunes filles elles-mêmes dans la rue, à l’usine et à l’atelier

Grâce à ces 140.000 et bientôt 300.000 journaux répandus chaque mois dans la masse ouvrière, la J.O.C. espère assainir peu à peu l’atmosphère dans laquelle vivent et grandissent les jeunes ouvriers.

Ces deux publications sont faites surtout pour les non-chrétiens qu’il s’agit d’accoutumer peu à peu aux principes évangéliques.

De là leur vient leur caractère particulier et nouveau.

Ces chiffres prennent une valeur particulière quand on les compare à ceux du tirage du journal communiste ” L’Avant-garde ” organe des jeunes gens affiliés au Parti communiste français, et; qui est inférieur à 15.000.

La J. O. C.. dite encore deux autres organes destinés plus spécialement à la formation religieuse, morale et sociale des dirigeants et militants. Ce sont, pour les jeunes gens : ” L’Equipe ouvrière qui tire à 3.600; et pour les jeunes filles : ” L’Equipe ouvrière féminine” qui tire à 1.100.

La formation religieuse des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières et spécialement assurée par les Retraites et les Récol lections qui sont de plus en plus nombreuses et ferventes. Au cours de la dernière année, les jeunes gens ont participé à 72 Retraites et Récollections, totalisant 2.600 présences ; et les jeunes filles ont participé à 38 Retraites et Récollections avec 780 présences.

A Paris, deux prêtres du diocèse et deux Pères Jésuites sont exclusivement attachés à la direction de la J. O. C.. En province, des aumôniers trop peu nombreux mais vraiment zèles y prètent leur concours.

Ainsi se forment de jeunes apôtres ouvriers et ouvrières qui portent Notre Seigneur à leurs frères de travail. De nombreux baptèmes et Premières Communions sont obtenus chaque mois. A Paris le fait est tellement fréquent qu’on ne le signale même plus.

Le goût de la vie intérieure et de l’union à Dieu est entrete nu chez beaucoup de militants et de militantes par la méditation faite chaque jour durant dix minutes ou un quart d’heure. Parmi ceux-ci on en rencontre fréquemment qui ne quittent pas la présence de Dieu durant leur travail, même parmi les bruits de l’usine. Un résultat consolant a été obtenu : 45 Jocistes se préparent au Sacerdoce dans différents séminaires et 50 jeunes filles sont entre en religion.

Pour assurer son action et pour être utile à ses membres, la J.O.C.. a organisé un certain nombre de services.

Le placement : en un seul mois la fédération de Paris a procuré du travail à près de 300 jeunes ouvriers et apprentis.

l’épargne : de septembre 1928 à septembre 1929, les versements ont été de près de 200.000 francs.

l’orientation professionnelle pour les enfants sortant des écoles.

le service” accidents de travail

le service de librairie et de bonne presse.

le service éducatif : projections lumineuses, chansons, etc.

un secrétariat général pour les jeunes gens assuré par quatre permanents et quatre employés.

un secrétariat général pour les jeunes assuré par quatre permanente.

Mais tout ceci n’est pas même l’ébauche de ce que la J.O.C. voudrait faire pour la classe ouvrière Elle est jeune et elle prépare encore son propre avenir . Elle voudrait qu’un jour elle soit vraiment l’organisation à la fois éducative, religieuse et professionnelle groupant en elle de nombreux jeunes apprentis fiers d’être purs et chrétiens, et encadrant en plus grand nombre encore ces milliers et milliers de jeunes ouvriers et jeunes ouvrières qui gardent au coeur un peu d’idéal et qui ne savent comment le réaliser.

Alors la J.O.C. aura contribué à l’organisation ouvrière chrétienne que la lettre récente de la Sacrée Congrégation du Concile à Mgr l’Evêque de Lille a indiquée comme étant celle que la Sainte Eglise désire voir réaliser.

Telle est, Très Saint Père, l’oeuvre accomplie par les Jocistes de France. Avec la paternelle bénédiction que je sollicite humblement de votre Sainteté pour eux, leurs dirigeants et leurs aumôniers, ils resteront les Fils très soumis et très dévoués de la sainte Eglise, et ils continueront à étendre le règne de Jésus-Ouvrier parmi leurs compagnons de travail.

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

France 715 PO 263

1924 05 28: Clemente Micara to Pietro Gasparri: Positive visit to Pius XI by Paul Tschoffen

English translation

Nonciature Apostolique Bruxelles

28 May 1924.

Num. 2312.

Accus. ricev: N°. 31854.

OGGETTO.

Interview with Minister Tschoffen regarding the Papal Audience.

Your Eminence,

Mr. Tschoffen, Minister of Industry and Labor, who had the honour of being received in private audience by His Holiness upon his return to Brussels, expressed his impressions of the Papal Audience in an interview with the Catholic newspaper “Le XX Siècle.”

These were reproduced by all newspapers, including liberal ones, and were received with sympathy.

I enclose the text of the Minister’s statements. Prostrate before the Sacred Purple with feelings of profound respect, I have the honour to repeat myself.

Dell’Eminenza Vostra Reverendissima

devmo obblmo ed umilmo servo

+ Clemente Micara

A Sua Eminenza Reverendissima

Il Signor Cardinale PIETRO GASPARRI

Segretario di Stato di S. S

Italian original

Nonciature Apostolique Bruxelles

28 Maggio 1924.

Num. 2312.

Accus. ricev: N°. 31854.

OGGETTO.

Intervista del Ministro Tschoffen circa Udienza Pontificia.

Eminenza Reverendissima,

Il signor Tschoffen, Ministro dell’Industria e del Lavoro, che ha avuto l’onore di essere ricevuto in privata udienza da Sua Santità, di ritorno a Bruxelles, ha manifestato, in una intervista concessa al giornale cattolico ” Le XX Siècle”, le sue impressioni circa l’Udienza Pontificia.

Esse sono state riprodotte da tutti i giornali, anche liberali, e accolte con simpatia.

Unisco il testo delle dichiarazioni del Ministro. Prostrato al bacio della Sacra Porpora con sensi di profondo ossequio ho l’onore di ripetermi

Dell’Eminenza Vostra Reverendissima

devmo obblmo ed umilmo servo

+ Clemente Micara

A Sua Eminenza Reverendissima

Il Signor Cardinale PIETRO GASPARRI

Segretario di Stato di S. S.

31574

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

161 P.O. 9

1924 05 27: Paul Tschoffen et Pie XI

This is a newspaper clipping from the Vatican Secretariat of State Archives relating to a visit by the former sillonist Paul Tschoffen to Pope Pius XI in 1924.

English translation

Mr Tschoffen’s visit to Rome

The Minister of Industry and Labor tells us about his impressions of his meeting with His Holiness Pius XI

Dispatches from Rome informed us that Mr Tschoffen, sent to the Eternal City to represent the government at the International Congress on Immigration and Emigration, had been received in audience by the Sovereign Pontiff, who discussed Belgian affairs with him.

We asked the honorable minister what impressions he had taken away from this papal audience; we also asked him to tell us, to the extent he felt authorized, what the scope of his meeting with the Pope had been. We reproduce here very faithfully the very interesting statements that Mr Tschoffen made to us.

The Holy Father, he told us, received me with paternal eagerness and truly touching simplicity. After expressing his pleasure at welcoming the minister of a country for which he feels a very special affection, Pius XI spoke to me about Belgian affairs with a competence and precision in his research that demonstrate his attentive concern for our interests and that nothing escapes his notice.

The Belgian Catholic Youth Association

His Holiness told me how delighted he was by the admirable movement of Belgian Catholic youth. Pius XI sees in the activity of Catholic youth, which is particularly intense in Belgium, France, Italy, and Czechoslovakia, a promise of true religious renewal. When I took the liberty of asking him if he believed that young people should, before reaching the age of intellectual maturity, dedicate themselves to public, social, or political action, His Holiness replied with these words, which I believe I remember almost verbatim:

Collective charity, of which political action is one form, is also necessary…

The Christian Worker Movement

“I am happy,” Pius XI was kind enough to tell me, “to see you at the head of the Department of Labour, whose importance is growing daily. I love workers so much. We must have confidence in them and in their professional organizations. Imbued with the Christian spirit, they can contribute effectively to social pacification.”

On several occasions, Pius XI emphasized this idea: that we must trust workers, reason with them, and convince them, along with employers, that the interests of capital and labor are convergent and not contradictory.

His Holiness reminded me that his father, who ran a silk factory, had never had any serious difficulties with the workers he employed. His staff loved him; yet he was a demanding boss, requiring absolute discipline, but he was as kind as he was fair, and the workers appreciated him.

Pius XI asked me for details about Christian workers’ organisations in Belgium. When I told him that the Christian unions had about 200,000 members, he expressed great joy. He asked me if their numbers had decreased in recent years and was very pleased with my negative answer.

Having learned from me that I would be addressing various workers’ assemblies on the anniversary of the encyclical “Rerum Novarum,” the Holy Father authorized me to tell Christian workers that he especially blessed them.

The Language Question

The Holy Father spoke to me about our linguistic difficulties with a precision that proved to me his thorough understanding of the matter. He told me he was pleased to see that there was currently a period of détente and that he fervently hoped for complete peace.

Original French

Le voyage de M. Tschoffen à Rome

Le ministre de l’Industrie et du Travail nous dit les impressions que lui a laissées son entretien avec S. S. Pie XI

Les dépêches de Rome nous ont appris que M. Tschoffen, envoyé dans la Ville Eternelle pour y représenter le gouvernenent au Congrès International de l’Immigration et de l’Emigration, avait été reçu en audience par le Souverain Pontife, qui ‘était entretenu avec lui des affaires belges.

Nous avons demandé à l’honorable ministre quelles impressions il avait emporté le cette audience Pontificale; nous l’avons également prié de nous dire, dans la mesure, où il s’y jugeait autorisé, quelle avait été la portée de son entretien avec le Pape. Nous reproduisons ici très fidèlement les déclarations fort intéressantes que nous a faites M. Tschoffen.

Le Saint-Père, nous a-t-il dit, m’a reçu avec un paternel empressement et une simplicité vraiment touchante. Après avoir bien voulu me dire qu’ll était heureux d’accueillir le ministre d’un pays pour lequel il ressent une toute spéciale affection, Pie XI m’a entretenu des affaires belges avec une compétence et une précision dans la documentation qui démontrent qu’ll se préoccupe de nos intérêts avec un soin attentif, et que rien ne Lui échappe.

L’Association de la Jeunesse Catholique belge

Sa Sainteté m’a dit combien l’admirable: mouvement de la jeunesse catholique belge. la réjouissait. Pie XI voit dans l’activité de la Jeunesse catholique qui se manifeste particulièrement intense en Belgique, en France, en Italie et en Tchécoslavoquie, une promesse de véritable rénovation religieuse. Comme je me permettais de lui demander s’il estimait que les jeunes gens devaient, avant d’avoir atteint l’âge de la maturité intellectuelle, se donner à l’action publique, sociale ou politique, Sa Sainteté m’a répondu par ces mots dont je crois me souvenir presque textuellement :

La charité collective dont l’action politique est l’une des formes, est aussi nécess…

Le mouvement ouvrier chrétien

« Je suis heureux, a bien voulu me dire Pie XI, de vous voir à la tête du département du Travail dont l’importance grandit de jour en jour. J’aime tant les travailleurs. Il faut avoir confiance en eux et dans leurs organisations professionnelles. Pénétrées d’esprit chrétien, elles peuvent contribuer efficacement à la pacification sociale. »

A diverses reprises. Pie XI a insisté sur cette idée qu’il faut faire confiance aux ouvriers raisonner avec eux, les convaincre, en même temps que les patrons, que les intérêts du capital et du travail sont con vergents et non contradictoires.

Sa Sainteté m’a rappelé que son père qui était à la tête d’une soierie, n’avait jamais eu, avec les travailleurs qu’il occupait de difficulté sérieuse: Son personnel l’aimait; pourtant c’était un patron exigeant une discipline absolue, mais il était bon autant que juste, et les ouvriers l’avaient apprécié.

Pie XI m’a demandé des détails sur les organisations ouvrières chrétiennes en Belgique. Comme je lui disais que les syndicats chrétiens groupaient environ 200,000 adhérents, il a manifesté une joie très vive. Il m’a demandé si pendant ces dernières années, ces effectifs n’avaient pas diminué et s’est montré très heureux de ma réponse négative.

Ayant appris par moi qu’à l’occasion de l’anniversaire de l’Encyclique « Rerum Novarum », je prendrais la parole devant diverses assemblées ouvrières, le Saint Père m’a autorisé à dire aux travailleurs chrétiens qu’ll les bénissait spécialement.

La question linguistique

Le Saint Père m’a entretenu de nos difficultés linguistiques avec une précision qui m’a prouvé qu’ll connaissait la question dans le détail. Il m’a dit qu’ll était satisfait de constater qu’il y avait actuellement une détente et qu’ll faisait des voeux ardents pour une pacification complète.

SOURCE

Vatican Secretariat of State Archives

161 P.O. 9